LÉNINISME BIOLOGIQUE : Comment la gauche produit de la loyauté et accumule du pouvoir ?

Mes chers lecteurs, je vous propose que l’on fasse aujourd’hui une thérapie de groupe. Mettons-nous en cercle sur des chaises, sous la lumière d’une vieille ampoule jaune au milieu d’un stade municipal ; nous sommes ici réunis pour nous soutenir mutuellement dans notre sevrage démocratique. Durant des années, nous nous sommes intoxiqués au point que de nombreux réflexes morbides hantent encore notre quotidien.

PHILOSOPHIE

Anthony Radioactif

10/2/202616 min lire

1) Vous êtes des amateurs.

Afin de dédramatiser notre thérapie d’ex-démocrates anonymes, imaginons que notre vie est un jeu, disons un Monopoly : littéralement un jeu de société.

Les règles sont très simples : chaque homme a une voix. On ne peut pas en avoir 2 ou 3 : nous n’en aurons qu’une. Notre vie en société n’est pas parfaite : vous voulez du carburant moins cher, vous voulez une maison, une école performante pour vos enfants, un quartier silencieux, un gentil médecin pour les bobos, une armée puissante pour infliger un traumatisme transgénérationnel à ceux qui voudraient s’en prendre à vous ; bref, vous aspirez à une belle vie pour vous et vos descendants.

Afin de régler les problèmes, vous avez besoin de pouvoir, car même lorsque ces problèmes sont générés par l’État, vous devez prendre l’État pour retirer ses gros doigts crochus de votre vie privée ou professionnelle. Comment avoir ce pouvoir ? Vous n’avez qu’un seul vote. Il vous faut donc obtenir le vote des autres ; vous devez donc les convaincre. Vous vous mettez alors à mettre des affiches en espérant que beaucoup, beaucoup de monde va les voir et adhérer à leur message ; vous faites des vidéos : « il faut qu’elles fassent beaucoup de vues ». Vous invoquez de grands noms et de belles idées : « Comme disait Napoléon, blabla sur une idée noble et la morale chevaleresque ». Beaucoup d’agitation pour supplier monsieur Michu de vous accorder son vote en grand seigneur.

Je vous spoile tout de suite l’état de la partie de Monopoly en cours : vous êtes un amateur, la gauche est une professionnelle.

Comment est-ce qu’on gagne ? Lorsque vos objectifs prennent forme dans le monde réel (pour rappel, vos objectifs sont incompatibles avec ceux de la gauche et inversement). Or, vous avez besoin du pouvoir pour faire avancer vos objectifs. Et à défaut de faire avancer vos objectifs, vous devez empêcher ceux de la gauche de progresser.

Comment arrache-t-on le pouvoir ? En obtenant 50,000001 % des votants (et non des électeurs).

Si seuls 3 % des électeurs se déplacent jusqu’aux urnes, l’élection est tout de même valide et vous obtenez autant le pouvoir que si 99 % des citoyens avaient voté en votre faveur.

Au fond, lorsque vous adhériez à la démocratie, vous aimiez l’idée de l’alternance : si des politiciens se montrent incompétents et vont dans un sens qui n’est pas souhaité par leur peuple, ce dernier peut voter pour le camp adverse afin d’opérer un changement.

Étant donné que la gauche vous met une branlée, je vous propose que l’on regarde comment cette experte en démocratie continue de gagner éternellement. Prenons l’exemple des élections municipales à Paris :

Ratio du vote gauche (rouge)/droite (bleu) en fonction de la quantité de logements sociaux à Paris (points violets).

Durant l’an 2000, sous le gouvernement Jospin, le communiste Gayssot a fait passer une loi sur « la solidarité et le renouvellement urbain (SRU) », dont l’article 55 oblige les communes à un seuil minimum de 20 à 25 % de logements sociaux sous peine de payer de grosses amendes. Certains arrondissements de Paris atteignent plus de 40 % de logements sociaux, construits avec le livret A des Français. Une manne électorale corvéable à chaque élection.

Cette ingénierie démocratique ne permet pas seulement de placer ses futurs électeurs, mais aussi de les multiplier par la reproduction, car les classes sociales les plus basses et les étrangers issus du tiers-monde sont les deux groupes ayant les taux de fécondité les plus élevés. En effet, admettons un couple inactif avec cinq enfants, dont la femme se déclare mère célibataire : elle peut espérer toucher chaque mois environ 2 200 euros de RSA ; à cela, il faut additionner les 560 euros de RSA de son conjoint déclaré « homme seul et sans enfant ». Sans travailler, ce couple peut espérer obtenir environ 2 700 euros tout en bénéficiant d’un loyer très faible en HLM (le loyer demandé par les bailleurs sociaux dépend de vos revenus). Pour des individus sans éducation ni compétence, il y a donc une incitation financière à la reproduction. Il suffit alors de leur communiquer que ce système vertueux pour eux (mais à vos dépens, puisque leurs allocations ne sortent pas de la lampe d’un génie) ne peut persister, voire augmenter, que s’ils votent à gauche. Chaque bébé d’imbéciles socialistes (ou musulmans, ces derniers votent à 67 % pour La France insoumise) donnera une voix supplémentaire dans 18 ans. De plus, l’immigration consiste également à importer de futurs électeurs (dans un pays avec les prélèvements obligatoires les plus élevés du monde et une importante redistribution des richesses, les immigrés seront davantage issus du tiers-monde sans compétence rare). Ne vous concentrez pas sur les acteurs, mais davantage sur les incitations et les dissuasions.

La gauche gagne en offrant des T3, des subventions pour des associations de danse de rue et des emplois fictifs dans des mairies. Pensez-vous pouvoir rivaliser en « battant la gauche sur le terrain des idées » ? Qu’est-ce qui est le plus attractif : une « certaine idée de la France » ou un T4 au loyer payé par les APL (donc payé par les autres) ? Est-ce que votre portrait de Napoléon permet à un bon à rien d’éviter de travailler chez McDonald’s ?

Contrairement à vous, la gauche ne se concentre pas sur le fait de gagner la prochaine élection. Sa stratégie permettra à terme de gagner TOUTES les élections de façon éternelle.

La gauche travaille jour et nuit pour verrouiller le pouvoir. En sachant cela, si vous louez encore l’idée de l’alternance, c’est uniquement une vaine tentative de négocier le pouvoir de temps en temps.

Je le répète donc : êtes-vous toujours certains d’aimer l’alternance ? Soyez assurés que vos ennemis détestent ça et que, chaque fois que vous rendrez le pouvoir, ils s’en serviront pour diminuer au maximum vos chances de victoire future. À chaque mandat, ils ouvriront toujours davantage vos frontières, vous taxeront toujours plus pour avoir le budget nécessaire pour acheter toujours plus de voix (ils appelleront cela « les acquis sociaux »). Il y aura toujours des élections avec de multiples partis ; elles ne seront simplement plus gagnables par une simple dynamique démographique. Dans les faits, si on s’en tient seulement au parti qui gagne les élections, alors nous serons dans un pays autoritaire avec un parti unique (puisque tous les autres n’auront aucune chance de gagner).

2) Offrir du statut social.

La stratégie de la gauche n’est pas seulement d’acheter des votes avec des présents en nature, mais également d’offrir du statut social à ceux qui n’en ont pas. C’est la thèse de l’auteur néoréactionnaire Spandrell, pour qui Lénine a innové dans la façon de gouverner en comprenant une chose essentielle : Homo sapiens a une faim infinie de statut social. Spandrell est un auteur anonyme qui a écrit une série d’articles de blog en 2017, qu’il a nommée « Biological Leninism » (dont vous pouvez retrouver la traduction en faisant un modeste don sur le Tipeee de Rage-Culture).

Avant d’expliquer la thèse de Spandrell, posons la première question : « Qu’est-ce que le statut social ? »

C’est un rang que vous occupez, qui est relatif aux autres membres d’un groupe.

Dans The Status Game de Will Storr, l’auteur indique que l’évolution a sélectionné des mammifères sociaux qui s’organisent en groupe afin d’obtenir un avantage évolutif et de maximiser leurs chances de survie et de reproduction. Afin d’opérer une organisation la plus efficace possible, et du fait de l’inégalité innée et héréditaire induite par la variabilité (par exemple, la taille des êtres humains varie selon une loi normale), une hiérarchie naturelle se met en place avec des individus qui possèdent un statut plus élevé que d’autres.

Avoir du statut n’est pas sans conséquence : cela vous accorde des ressources et les partenaires de reproduction les plus convoités. Pour le dire très simplement : vous devez avoir du statut pour obtenir du sexe avec Sydney Sweeney plutôt que votre main droite.

L’obsession du statut social est si profondément ancrée dans notre patrimoine génétique et, par extension, dans nos neurones, que la plupart des individus préfèrent une élévation de statut social plutôt qu’une augmentation de salaire :

« Le statut est la forme originale de monnaie, et celle qui compte le plus. Des études montrent qu'une majorité d'employés accepterait un titre de poste plus élevé plutôt qu'une augmentation de salaire : une enquête portant sur 1 500 travailleurs de bureau britanniques a révélé qu'environ 70 % choisissaient le statut plutôt que l'argent, les assistants créatifs préférant le titre de « directeur de l'imagination en chef » et les archivistes optant pour « spécialistes du stockage de données ». Ces spécialistes du stockage de données étaient dans le vrai. En supposant que nous ayons assez d'argent pour vivre, il semble que le statut relatif nous rende plus heureux que l'argent brut. »

Extrait de The Status Game – Will Storr.

Comment, en l’absence d’études récentes en psychologie évolutionniste, les bolcheviques étaient-ils conscients de cette donnée ? Leur intuition les a portés vers cette voie car ils en ont été les premiers cobayes. Le père de Lénine fut anobli par le tsar et promu au titre prestigieux de conseiller d’État. Lénine est alors noble par hérédité et sa famille jouit d’un immense prestige dans l’Empire russe, jusqu’au jour où son père décède d’une hémorragie cérébrale. Le second clou dans le cercueil du statut social de Lénine fut l’arrestation et l’exécution de son frère, qui était impliqué dans un groupuscule révolutionnaire. La famille de Lénine est alors totalement ostracisée, socialement isolée. Lénine a expérimenté l’ascension fulgurante avant de subir la chute libre de son statut. Selon l’historien de l’URSS Nicolas Werth, les intellectuels déclassés étaient surreprésentés chez les bolcheviques. Renverser la pyramide n’était pas le fruit d’une longue réflexion morale et philosophique, c’était la seule façon de devenir quelqu’un au lieu de rester personne.

La force du léninisme est d’avoir fédéré, avec une loyauté inébranlable, des légions de déclassés qui devaient TOUT au parti et qui, du fait de leur incompétence naturelle, n’avaient aucune autre opportunité dans la vie. Leur destin était entièrement lié au parti : si ce dernier tombait, ils tombaient avec lui.

Cette loyauté ne peut que difficilement s’obtenir chez les individus talentueux qui collectionnent les aubaines : ils sont les bienvenus dans toutes les entreprises, dans tous les gouvernements, toutes les femmes les désirent ; ils n’ont pas besoin de vous ou de votre parti.

Selon son bon vouloir, Aragorn peut être un rôdeur des forêts du Nord ou bien le roi du Gondor, il peut coucher avec Eowyn ou Arwen, tandis que Gollum sera toujours Gollum : sa vie est si misérable qu’en l’absence de l’anneau, elle ne vaut pas la peine d’être vécue.

« Le socialisme séduit non seulement parce qu'il promet un statut plus élevé à de nombreuses personnes, mais aussi parce qu'il attire ceux qui, au fond, savent qu'ils ne devraient pas en avoir (…).

Tout le monde sait, dans les tréfonds de son cerveau reptilien, comment fonctionne la sélection humaine : les femmes sont instinctivement attirées par les mâles dominants. En réalité, toutes les sociétés humaines finissent par revenir, par défaut, à une distribution de Pareto où 20 % des individus accaparent le statut élevé, tandis que les autres doivent se résigner à leur infériorité. C’est simplement ainsi que les choses fonctionnent. Le socialisme, cependant, promettait de changer cela, et Marx a montré qu'ils avaient un bon plan. Lénine a ensuite mis ce plan en pratique. Qu'a fait Lénine ? Exterminer l'aristocratie naturelle de la Russie, et construire une classe dirigeante avec un groupe de personnes de faible statut. »

Bioléninisme – Spandrell.

3) Quand le travail paie, qui désire du statut ?

Pour l’auteur néoréactionnaire, la stratégie léniniste lui permettant de fédérer des intellectuels déclassés, des ouvriers et des paysans dans une Russie peu industrialisée, où l’on destine les hommes de rien à des travaux pénibles peu rémunérés (comme travailler dans les mines dès l’enfance ou couper du bois dans les forêts de Sibérie par −20 °C), ne pouvait pas fonctionner en Occident. En Europe de l’Ouest comme en Amérique, le capitalisme s’est montré si efficace que même les classes populaires pouvaient, par le travail, s’enrichir réellement : nourrir une famille à sa faim, acheter une automobile moderne et même partir en vacances à la plage. Le rapport bénéfice/risque d’adhérer au projet insurrectionnel était largement négatif chez ces populations (là où un mineur dans la Russie Tsariste n’avait rien à perdre et tout à gagner). Le statut social est aligné sur le revenu qui est relatif au travail et à la compétence, il n’était alors plus possible d’obtenir leur fidélité par la promesse de statut social. Le travailleur du monde libre n’avait pas besoin d’un parti totalitaire pour s’élever dans la pyramide.

La gauche a donc muté dans cet environnement : il fallait descendre dans la hiérarchie sociale pour y trouver ses futurs soldats, racler le fond du tiroir des perdants. Il fallait chercher ceux qui, biologiquement, manquaient de statut.

Ainsi se formait l’armée des répugnants, composée selon Spandrell, des déviants sexuels, les minorités ethniques, des adorateurs d’une religion bien connue de paix et d’amour, les étudiants en sociologie de genre, toutes ces natures incompatibles et conflictuelles peuvent s’allier harmonieusement, car toutes sont désireuses d’arracher du statut à l’Homme blanc hétérosexuel.

« C'est aussi pourquoi la gauche d'aujourd'hui est la même gauche qui était dans le communisme soviétique à l'époque. Ce qu'ils approuvent aujourd'hui scandaliserait n'importe quel gauchiste des années 1920. Même des années 1950. Mais c'est la même chose, suivant les mêmes incitations : comment construire une classe dirigeante cohésive pour monopoliser le pouvoir d'État. Avant, c'était la lutte des classes. Maintenant, c'est la lutte des genres et la lutte ethnique. La lutte ethnique fonctionne en Amérique parce que les immigrés n'ont pas de base de pouvoir territorial, contrairement à la Russie ou à la Chine. Donc, le vieux jeu de donner du statut aux minorités à faible statut fonctionne mieux que jamais. Ça fonctionne encore mieux ; contrairement à la Russie de Lénine, l'Amérique a maintenant accès à chaque minorité sur terre. C'est pourquoi la gauche américaine est occupée à importer autant de Somaliens qu'elle peut. La minorité la moins performante sur terre. Juste parfait. »

Bioléninisme – Spandrell.

4) L’idéologie de gauche n’est pas la fin mais le moyen.

En physique, le g correspond à la gravité, la force qu’exerce la Terre sur les corps. Sur Mars, par exemple, la gravité correspond à 0,3 g. On peut donc, sans problème, imaginer que la vie est sans doute plus douce sur Mars pour toute personne âgée souffrant de sarcopénie (fonte musculaire liée au vieillissement). La gravité qui s’exerce sur les corps peut rationnellement être considérée comme une contrainte pénible. Ne serait-il donc pas désirable de mettre fin à la gravité ? « Impossible », dites-vous ? On peut au moins essayer de tendre vers une diminution de la gravité ; ce serait bien, n’est-ce pas ?

Je peux y contribuer, mais non sans moyens : il me faudra des ressources et votre obéissance absolue. Appelons notre mouvement le « légèrisme », qui s’oppose au « gravitisme » : soit vous êtes pour la légèreté dans le monde, soit pour la lourdeur due à la gravité (il faudrait être une immense ordure pour aimer la gravité).

Combattre la gravité n’est pas réellement la fin de mon idéologie, juste une ingénierie rhétorique. En revanche, le pouvoir que vous m’avez accordé pour combattre la gravité est bien mon objectif ultime.


Il n’y a pas de constante dans l’idéologie de gauche, il n’y a pas de cohérence, de logique, de rationalité ; il n’y a que des millénaires d’expérimentation de phrases semi-religieuses ayant pour but d’obtenir du pouvoir. Lorsque la phrase absurde n° 1 se montre inefficace, on essaye la phrase absurde n° 2 ; si cette dernière montre des résultats légèrement supérieurs, on la garde et on y ajoute le complément absurde n° 1 en espérant une augmentation du pouvoir. La rhétorique de gauche prend alors la forme d’un arbre décisionnel d’attachement aléatoire de mots qui ont été sélectionnés de façon darwinienne pour offrir du pouvoir.

Ce caractère de la gauche est explicité dans l’œuvre 1984, lorsque O’Brien, membre du parti unique au pouvoir, révèle à notre naïf protagoniste que la dictature ne sert pas à maintenir les gains de la révolution, mais qu’en réalité, la révolution sert à mettre en place la dictature. Il n’y a aucune autre logique que celle d’obtenir le pouvoir et de le garder pour l’éternité :

« le Parti cherche le pouvoir entièrement pour lui-même. Nous ne nous intéressons pas au bien des autres ; nous nous intéressons uniquement au pouvoir. Pas le luxe ou la richesse, la vie longue ou le bonheur : juste le pouvoir, le pouvoir pur. Tu vas maintenant comprendre ce que signifie le pouvoir pur. Nous sommes différents de toutes les oligarchies du passé, en cela que nous savons ce que nous faisons. Toutes les autres, même celles qui nous ressemblaient, étaient lâches et hypocrites. Les Nazis allemands et les Communistes russes étaient très proches de nous dans leurs méthodes, mais ils n’ont jamais eu le courage d’admettre leurs propres motivations. Ils prétendaient, peut-être même avec sincérité, qu’ils avaient pris le pouvoir à contrecœur et pour un temps limité, et qu’au coin de la rue se trouverait un paradis où les êtres humains seraient libres et égaux. Nous ne sommes pas comme ça. Nous savons que personne ne prend le pouvoir avec l’intention de le rendre. Le pouvoir n’est pas un moyen, c’est une fin. On n’instaure pas une dictature pour sauvegarder une révolution ; on fait une révolution pour instaurer une dictature. Le but de la persécution est la persécution. Le but de la torture est la torture. Le but du pouvoir est le pouvoir. »

1984 – Orwell

Maintenant que vous avez saisi l’objectif de l’idéologie de gauche et sa méthode pour y parvenir, les plus darwiniens d’entre vous se disent : « Mais Anthony, si les individus les plus laids et incompétents, par leur loyauté, sont récompensés par l’obtention de postes stratégiques afin de verrouiller la machine du pouvoir, mécaniquement, l’inefficacité deviendra systémique, l’improductivité et le chaos deviendront omniprésents. Les bioléninistes deviendront les seigneurs d’une poubelle à ciel ouvert. »

N’avez-vous pas lu le début de cet article ? La plupart des humains préfèrent le statut social à l’argent. Il est donc préférable d’être un seigneur dans une ville d’alcooliques semi-clochards d’Union soviétique, plutôt qu’un salarié de la classe moyenne en France. Certes, ce pouvoir se construit au détriment du reste de la société. Mais admettons que vous vous appeliez Gollum et que vous vous fichiez que la Comté brûle (après tout, aucune femme hobbit ne voulait de vous et les gros Sam vous parlaient comme un moins-que-rien) ; alors, prendre l’anneau de pouvoir semble être un plan tout à fait alléchant.

5) Apprendre les intérêts composés du pouvoir.

Vous avez gagné 100 euros et, plutôt que de les dépenser dans une bouteille en boîte de nuit pour danser sur de la musique nulle, vous décidez de les investir dans une entreprise française avec 10 % de croissance par an. Dans un an, vos 100 euros seront devenus 110 euros, puis, l’année d’après, les 10 % de croissance ne concernent plus seulement 100 euros, mais bien 110 euros. Après 30 ans, vos 100 euros deviendront 1 745 euros : c’est ce qu’on appelle les intérêts composés. Vous investissez du capital, qui permet d’améliorer la production, d’avoir de la croissance, ce qui augmente votre capital, que vous réinvestissez, etc.

Si le droitard moyen connaît bien cette mécanique et est un virtuose pour accroître son capital, dès qu’il s’agit du pouvoir politique, il devient l’idiot qui dépense les 100 euros en boîte de nuit. Tous les élus tapent dans la caisse ; c’est normal et je dirais même que, s’ils veulent continuer à gouverner, ils doivent le faire. La différence est que l’élu de gauche réinvestit son pouvoir politique pour rendre des services à ses alliés, offrir un emploi fictif à un fidèle, étouffer une affaire médiatique, laisser un collaborateur utiliser des locaux municipaux pour sa convenance personnelle (comme l’anniversaire de sa fille ou une réunion de syndicat) etc… tout un ensemble de renvois d’ascenseur permettant d’accroître son pouvoir en obtenant la fidélité d’autrui. Ce sont donc des intérêts composés de pouvoir politique : on investit du pouvoir pour en obtenir davantage et provoquer un effet boule de neige.

En comparaison, l’élu de droite utilise son pouvoir politique pour s’offrir de jolis vêtements, impressionner une femme, être transporté par un chauffeur dans une belle voiture de fonction, en bref, il consomme son pouvoir au lieu de l’investir. Si on considère que les camps politiques sont deux familles mafieuses, il est beaucoup plus probable d’obtenir des bénéfices personnels en rendant service à la gauche qu’à la droite. Le parrain de la gauche, plus intéressé par le pouvoir que par l’argent, n’hésitera pas à réduire légèrement son train de vie afin de récompenser un fidèle. Le parrain de droite gardera tout pour lui, ses hommes de main n’auront rien. Sans surprise, l’un des deux parrains va écraser l’autre.

L’analyse de Spandrell nous a révélé que la gauche possède toutes les incitations pour obtenir l’adhésion des acteurs politiques. Nous devons commencer à réfléchir en mafia, et créer nos propres incitations : des militants fidèles et compétents doivent être récompensés d’un poste rémunéré, d’une voiture ou d’un appartement de fonction, d’un pouvoir politique lui permettant d’agir de façon offensive envers nos ennemis.

Si vous désirez en savoir davantage sur le bioléninisme de Spandrell, je vous invite à réaliser un don sur le Tipeee de Rage-Culture afin d’en obtenir la traduction et l’accès à de nombreux e-books passionnants. Vous pouvez également écouter l’excellent podcast réalisé par l’équipe de Fumigènes (YouTube et Spotify), ainsi que mon propre podcast dédié à ce sujet.

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