Libertés européennes : les leçons du dernier colloque de l'Iliade

Le 25 avril 2026, l’Institut Iliade tenait son colloque annuel à Paris. En entrant dans la prestigieuse Maison de la Chimie, nous sommes toujours surpris par l’ampleur de l’évènement. Avant l’ouverture des portes, les bénévoles s’affairent pour proposer une présentation des initiatives métapolitiques de toutes les tendances. Une telle réunion des quatre coins de la droite est difficile à retrouver ailleurs. À l’étage, nous nous faufilons à travers les stands réservés aux revues pour entrer dans la salle de conférences. Et tout commence alors.

Anatole Deflandre

4/30/20267 min lire

Sous la présidence de Fabrice Lesade, président de l’Institut Iliade, cette journée a exploré la liberté comme rapport au monde : pensée, parole, action. Un thème avec lequel la droite dans son ensemble a un rapport fécond : celui de la tension entre liberté et ordre.

Antoine Dresse : La liberté contre le mirage de l'émancipation

En ouverture du colloque, Antoine Dresse, figure montante de la métapolitique sur Internet et directeur de la collection des éditions de l’Institut Iliade, a posé les bases conceptuelles de la journée. S’éloignant de la vision libérale qui conçoit la liberté comme une simple absence d'entraves, il a rappelé que l'homme ne devient pleinement souverain qu'au sein de structures qui le dépassent. S’appuyant sur l'anthropologie d'Arnold Gehlen, il a démontré que l’être humain, "être de manques" par nature, a besoin d'institutions pour canaliser ses pulsions et donner un sens à son action.

Dresse a ainsi dénoncé le piège de la « pure déliaison » contemporaine. L'individu qui cherche à s'extraire de toutes ses attaches – qu’elles soient familiales, sociales ou civilisationnelles — ne finit pas libre, mais atomisé et impuissant. Citant Frédéric Le Play, il a souligné que le retrait partiel de l’individualité au profit du cadre collectif est, paradoxalement, la condition sine qua non de la liberté réelle. À l’image du langage qui nous impose des règles de grammaire pour nous permettre de communiquer, les cadres sociaux nous imposent des devoirs pour nous permettre d'agir avec puissance. Sa conclusion, sous l'égide de Goethe, sonne comme un avertissement : refuser toute autorité supérieure ne suffit pas à être libre ; la véritable liberté est un pouvoir d'agir qui s'épanouit dans la durée et la fidélité aux institutions.

Intermède : fables et sagesse populaire

Entre les interventions, le personnage énigmatique de Valère a proposé une respiration originale en déclamant plusieurs fables classiques — Le Conseil tenu par les rats, L’Homme et la couleuvre, Les amis trop d’accord, Le Loup et le chien.

Ces récits, en apparence légers, faisaient écho aux thèmes du colloque, en rappelant à travers la sagesse populaire les tensions entre liberté, sécurité et conformisme.

Un retour à la liberté médiévale ?

L’écrivain Laurent Obertone a développé une approche historique et anthropologique de la liberté. Selon lui, la peur de la souffrance constitue l’un des principaux freins à l’action : un individu véritablement libre serait celui capable d’affronter le risque. Cette réflexion l’a conduit à évoquer l’idéal médiéval, où l’honneur structurait profondément l’action, notamment dans la chevalerie. Chaque manquement engageait la dignité de l’individu, inscrivant la liberté dans un cadre exigeant de devoirs. À rebours, la modernité serait caractérisée par une forme de servitude volontaire, où l’individu délègue sa capacité d’agir à des instances extérieures : « Nous sommes volontaires dans cette servitude ; notre condition ressemble à celle d’animaux d’élevage », a-t-il affirmé.

Cette analyse rejoint l’idée d’une responsabilité organique : être libre suppose d’être inséré dans un ensemble d’attaches — historiques, sociales, culturelles — et d’accepter d’avoir des comptes à rendre à ce titre.

L’Europe et la Femme

À la reprise, après la diffusion d’un film consacré à « la puissance des dames », Alice Cordier, présidente du collectif Némésis, a abordé la question de la place des femmes en Europe.

L’intervenante déconstruit d'emblée le cliché d'une femme européenne historiquement soumise. Elle rappelle que notre civilisation, de l'Antiquité à l'époque moderne, regorge de figures féminines libres : des Étrusques aux grandes reines médiévales, la femme européenne est l'héritière d'une tradition multiséculaire de pouvoir et d'autonomie. L'Europe est d'ailleurs la seule civilisation à avoir donné un corps de femme à ses plus hautes allégories : la Liberté, la Justice et la Raison.

Elle conclut en affirmant que les libertés des femmes sont un marqueur identitaire non négociable. Face à la "marchandisation" et au chaos migratoire, elle appelle à un front commun : les femmes doivent rester libres et enracinées, tandis que les hommes doivent redevenir des protecteurs. Pour l'Institut Iliade comme pour Némésis, défendre l'Européenne, c'est défendre la survie même de la civilisation.

La communauté comme condition de la liberté

L’intervention de Jean-Eudes Gannat a succédé à une séquence symbolique : la projection d’un extrait du film Excalibur, montrant Merlin exhortant Roi Arthur à accomplir son destin.

L’intervention a interrogé le prix des libertés politiques, allant jusqu’à affirmer que « la liberté n’existe pas en politique », lui opposant la notion de liberté intérieure, chère à Georges Bernanos.

Critiquant le fonctionnement des démocraties modernes, il a évoqué un possible « mirage démocratique », où le droit de vote ne garantirait pas une réelle capacité d’action. Dans cette perspective, il a plaidé pour un retour à des formes d’organisation communautaire, fondées sur des responsabilités concrètes et des appartenances réelles. Nouvellement élu au conseil municipal dans sa commune de Segré-en-Anjou Bleu et en tant que fondateur de différents groupes communautaires, Jean-Eudes Gannat montre que les deux terrains doivent être investis.

Une culture vivante et incarnée

La journée n'était pas qu'intellectuelle ; elle fut incarnée. La Compagnie Francilienne a porté haut les valeurs d'honneur et de fidélité à travers des chants polyphoniques (dont le Cœur de Saint Mangin). Le groupe Triboulin a transformé la théorie en fête, entraînant la salle dans un cercle circassien et une mazurka polonaise, prouvant que la culture européenne est un héritage qui se danse tant qu'il se pense

Dire librement : Restaurer la disputatio

Le professeur de droit Jean-Luc Coronel de Boissezon a abordé la question de la parole publique. Il a défendu la disputatio, forme de débat argumenté héritée de la tradition universitaire médiévale, comme condition essentielle de la vitalité intellectuelle, tant à l’université que dans la cité. Insistant sur la notion de parrhèsia, il a rappelé l’importance du courage de dire la vérité dans l’espace public, condition d’une véritable liberté de parole. Il a conclu son intervention par une citation de Frédéric Le Play, soulignant l’importance des cadres sociaux dans l’exercice de cette liberté.

Cette forme de liberté est fortement emboutie par la législation, qui tend à censurer jusqu’aux derniers espaces d’expression. Dans une cité où la censure et l'autocensure progressent, Coronel de Boissezon a souligné que la vitalité intellectuelle de l’Europe dépend de notre capacité à maintenir des cadres de pensée exigeants.

Philippe Herlin : Pour une économie identitaire

L’économiste Philippe Herlin a proposé une voie de rupture avec le dogme du libéralisme sans frontières : l'économie identitaire de marché. Selon lui, la liberté d'un peuple est indissociable de sa souveraineté économique. Il dénonce un marché globalisé qui tend à ignorer les nations et à transformer les citoyens en simples consommateurs interchangeables. Pour Herlin, l'économie doit cesser d'être une fin en soi pour redevenir un outil au service de l'enracinement, conciliant ainsi la liberté d'entreprendre et la protection d’un patrimoine national vivant.

Libertés confisquées, engagement décuplé

Une table ronde a ensuite réuni Martin Sellner (activiste identitaire autrichien), Matisse Royer (EuropaVox) et Nicolas Boutin (Valeurs Actuelles), sous la médiation de Pierre Larti (porte parole de l’Association de soutien aux lanceurs d’alerte. Ils ont discuté des stratégies de reconquête de l'espace public et de l'importance de créer nos propres vecteurs de diffusion. Thibault Gibelin a, pour sa part, apporté son expertise sur les modèles d'Europe centrale, sources d'inspiration pour une souveraineté retrouvée.

Les intervenants sont revenus sur ce qu’ils qualifient de « mort sociale » et de harcèlement judiciaire (interdictions de territoire, fermetures de comptes bancaires, censures numériques). Martin Sellner a notamment illustré comment la restriction des libertés de mouvement et de parole devient, pour le pouvoir, un outil de gestion du dissensus.

Loin de mener au découragement, ces « libertés confisquées » agissent comme un catalyseur. Matisse Royer a souligné que l’adversité oblige à l’innovation : face à la censure des médias dominants, la création de plateformes indépendantes et de réseaux d'entraide devient une nécessité vitale.

Nicolas Boutin insisté sur l’importance de ne pas rester seul face au "Moloch" administratif. L'engagement ne doit plus être seulement électoral, mais doit passer par la construction de structures autonomes capables de résister à la pression systémique.

La liberté comme fardeau des peuples vivants

Thibault Gibelin définit la liberté comme un service et un devoir. En s’appuyant sur l’adage « noblesse oblige », il démontre que la liberté authentique est indissociable d’une hiérarchie sociale organique. Pour lui, le citoyen moderne a été « forcé d’être libre » par un contrat social abstrait qui a détruit ses libertés concrètes et enracinées au profit d’une gestion de masse bureaucratique et marchande.

Face au déclin de ces formes sclérosées, il appelle à un « Grand Regain » porté par une minorité insoumise. Citant la figure du Rebelle de Jünger, Gibelin affirme que la liberté d'un peuple ne réside plus dans ses institutions défaillantes, mais dans la capacité d'une élite naturelle à se contraindre et à se sacrifier. Être libre aujourd'hui, c’est donc refuser l'apathie pour « se commettre » totalement dans l'action, faisant ainsi rentrer la liberté dans un ordre nouveau et vigoureux.

Conclusion : Face à l'anarcho-tyrannie

Pour clore cette journée, Jean-Yves Le Gallou a repris le concept de l'intellectuel Samuel Francis : l'anarcho-tyrannie. Il a décrit ce paradoxe contemporain où l'État est incapable de garantir la sécurité élémentaire (anarchie) tout en multipliant les contrôles bureaucratiques et idéologiques sur les citoyens honnêtes (tyrannie).

Le mot de la fin fut un appel à l'action : le colloque 2026 était démonstration d'équilibre entre la conférence, l’art et l'incarnation d'un peuple qui refuse de s'éteindre.

Comme chaque année, l’Institut Iliade a immortalisé les actes du colloque : https://boutique.institut-iliade.com/product/actes-du-colloque-2026/

Et propose le fruit de ses recherches sur le thème des libertés dans un ouvrage collectif réalisé par le pôle études de l’Institut : https://boutique.institut-iliade.com/product/liberte/

Mais surtout, l’Institut Iliade propose des formations pour former les cadres de la renaissance européenne de demain : https://institut-iliade.com/formation/

Si le rideau est tombé sur le colloque annuel de l’Iliade, la bataille des idées, elle, ne fait que commencer !